L'INCINERATEUR ? PARLONS EN
Par Jean-Pierre le mercredi 11 janvier 2006, 20:12 - General - Lien permanent
A la demande exprimée dans les commentaires de mon premier billet, j’apporte, ici, quelques précisions sur l’historique du projet incinérateur en Auvergne, sur les positions affichées des uns et des autres et sur l’analyse qui est la mienne aujourd’hui.
Tout d’abord, un rappel historique :
En 1954 : Ouverture de la décharge de Puy-Long à Clermont-Ferrand.
1977. Création de la décharge du Bois de l’Aumône à Culhat, près de Lezoux.
1987. Projet d’incinérateur de déchets ménagers à la Combaude, dans la banlieue nord de Clermont.
1991. Le SYMTRU, qui regroupe le Syndicat du Bois de l’Aumône et le SIVOM de Châteldon, lance un appel d’offre pour créer une unité de traitement. Objectif : soulager la décharge du SBA, qui doit fermer.
4 mai 1993. Roger Quilliot, sénateur-maire de Clermont-Ferrand, renonce au projet de la Combaude.
3 octobre 1994. L’unité de Châteldon est reconnue d’utilité publique. Le procédé retenu, breveté par la société américaine Waste-Management, est pourtant techniquement contesté.
20 mars 1995. Le « plan d’élimination des déchets ménagers et assimilés du Puy-de-Dôme » est arrêté.
31 mars 1995. Fermeture de la décharge du Bois de l’Aumône. Après 18 ans d’utilisation, plus d’1,3 million de tonnes de déchets y sont entassés. Elle risque de produire encore des « jus » toxiques pendant 30 ans et sa réhabilitation coûtera des millions d’euros.
27 janvier 1997. Création officielle de Valtom, le syndicat pour la valorisation et le traitement des déchets du Puy-de-Dôme.
Il a pour objet de mettre en œuvre le plan départemental d’élimination des déchets ménagers et assimilés du Puy-de-Dôme, arrêté en 1995 par le préfet. En 1999, il retient le principe d’une généralisation sélective de porte en porte, associée à la construction d’un seul incinérateur sur le département.
Trois sites sont pressentis : Riom, Lezoux et Clermont. Le 30 janvier 2003, à l’unanimité des présents, les élus du VALTOM votent pour Beaulieu, au pied de la décharge de Puy-Long, entre Clermont, Aulnat, Cournon et Lempdes.
A l’instar du Conseil municipal d’Aulnat qui vote une délibération contre cette implantation, les habitants de Cournon et Lempdes, par référendum, la refusent.
A l’automne 2003, l’enquête publique, concernant la DUP relative à l’acquisition des terrains du projet, est lancée. La commission d’enquête rend une décision défavorable.
En avril 2004, les délégués de VALTOM votent le recours en Conseil d’Etat.
En juin, les élus clermontois donnent un avis défavorable à la modification du POS nécessaire à l’implantation de l’incinérateur. Un même avis sera rendu quelques jours plus tard par les élus de Clermont Communauté.
En avril 2005 le Conseil d’Etat rend un avis favorable à la déclaration d’utilité publique relative à l’acquisition des terrains du futur incinérateur. Le VALTOM peut poursuivre son action.
La demande d’extension du centre d’enfouissement technique reçoit également un avis favorable du Conseil d’Etat.
Serge Godard déclare alors : « Avec cet avis, le CET agrandi aura une durée de vie, à la cadence actuelle, de 15 ans » et d’y ajouter « si l’on adopte une méthode de gestion plus moderne et plus efficace, on peut porter son exploitation à 23 ou 25 ans. »
Décembre 2005 : bras de fer entre le VALTOM et Clermont-Communauté. André GAY signe un contrat liant le VALTOM à la société NOVERGIE (recours d’ONYX devant le Tribunal Administratif) ; dans le même temps les représentants de Clermont Communauté votent une motion exigeant - une meilleure représentativité des élus de l’agglomération au sein du VALTOM, - que la délégation de service public ne soit pas signée avec la société Novergie, - que le Conseil Général (qui a d’ailleurs compétence en la matière) se saisisse du dossier d’élimination des déchets du département !!!
Quelques observations
- A gauche, c’est la « guerre des gauches » selon la formule de Louis Giscard d’Estaing. La gauche « patine » sur ce dossier depuis plus de 20 ans.
• Face au rejet catégorique de l’opinion publique, et craignant des répercussions politiques dans la perspective des prochaines élections municipales de 2008, le maire de Clermont et une partie de sa majorité ont courageusement fait volte face et s’opposent à présent à l’implantation de l’incinérateur à Puy-Long !!!.
• Serge Godard profite de l’autorisation d’extension du Centre d’Enfouissement Technique pour repousser une nouvelle fois le dossier « à plus tard ».
• Ces tergiversations et errements entraînent un gaspillage monumental d’argent public, de temps et d’énergie.
- Pour l’opposition :
les positions sont partagées et même divisées. Aussi ne peut-elle, ni se faire clairement entendre, ni stigmatiser la gestion catastrophique de ce dossier.
Pour ma part, je considère
• qu’au niveau sécurité et selon les normes actuelles, le principe même de l’incinérateur n’est pas à remettre en cause… Mais ce qui est vrai aujourd’hui, le sera-t-il dans 10 ans ?
• Compte tenu de l’évolution du volume des déchets produits, au rythme où nous allons, et malgré une amélioration du tri sélectif et l’appel à d’autres procédés d’élimination (une valorisation biologique : méthanisation, stabilisation, compostage) on pourra difficilement faire l’économie d’un incinérateur.
• Construire un incinérateur, cela a beau avoir un coût faramineux (120 M d’€) en aucun cas, nous ne devons laisser se développer une activité commerciale au seul bénéfice d’un grand groupe. Je rappelle qu’une partie de l’activité de l’incinérateur prévu à Puy-Long concerne le traitement des déchets en provenance de la Haute-Loire.
• En 20 années de cafouillage, nous en sommes aujourd’hui au point de départ (avant le projet de la Combaude).
Mon Souhait
- Que la droite s’unisse enfin pour parler d’une seule voix, prendre une position claire et répondre à ces 4 questions :
- Demande d’une redéfinition du Plan Départemental d’élimination des déchets : oui ou non ?
- Dénonciation de la présence de Clermont-Communauté au sein du VALTOM : oui ou non ?
- Maintien d’un projet d’incinérateur : oui ou non ?
- Choix du site : remettre en question celui de Puy-Long oui ou non ? et, si non (car proximité d’un bassin de vie de 300 000 habitants et existence d’un phénomène d’inversion climatique) , reprendre les dossiers des sites préalablement envisagés : Riom ou Lezoux.
A bientôt !
Jean Pierre Brenas
Commentaires
La réunionite a assez duré. Au lieu d'attendre que la Droite se mette d'abord d'accord, puis ensuite décide de savoir si elle va parler, où-quand-qui-et-comment, je propose que quelqu'un qui aura déjà planché sur ce dossier prenne l'initiative d'entrer dans le champ de décision : I°) - en rassemblant une commission d'urgence, composée de quelques personnes ayant suivi l'affaire, d'associations, etc, et qui auront une vision à peu près semblable. II°) - qu'à partir de là, et avec la participation d'élus du conseil municipal de Clermont suffisamment sensibilisés à cette question pour agir à titre personnel, cette commission saisisse une instance pouvant dépasser le circuit ordinaire des décisions. Il y a en effet à considérer le motif d'utilité publique, conjointement à la notion d'urgence, assortis l'un et l'autre à l'incapacité manifeste du circuit habituel à faire surgir une solution viable et acceptable. Comme dans le cas d'un individu qui ne serait plus en état de gérer sa fortune, il faut exiger la mise en jeu imposée par tiers, autorité supérieure ou tribunal, d'une issue, aux décisionnaires qui se sont révélés incompétents.
Philantrop
C'est une proposition interressante que tu me fais là, Philantrop; Pourrait-on éventuellement se rencontrer pour en discuter?